HELIANE BERNARD
Docteur en Histoire de l'Université LYON 2

...Pas de doute, Chavanis est en quête dune expression fondamentale qui a trait à nos origines de terrien Pas de doute, ses sculptures apparaissent comme la métaphore plastique des formes vitales. Dans une perception enfouie dans les mémoires, il requiert la Grande Mère de toute la religion. Pour l'exprimer, il trouve une compacité qui dit un mystère, une densité, une présence forte, puissante et sensuelle.

Femme-nourricière, Terre-Mère, Déesse de la fertilité : ce que construit Chavanis tourne autour de ces symboles très prégnants dans notre civilisation occidentale. Bien évidement, Chavanis va à ce qui est vital pour le sens La forme lui vient de simplifications qui font naître le concept des effigies primitives. Ce ne sont pas des portraits mais des entités qui en appellent aux dieux pour obtenir de rassembler sur elles des forces magiques. Les membres sont pris dans la masse du corps. Ces formes ont en elles l'épopée du monde, ses conquêtes sur le ciel et les dieux hostiles. Elles ont une dimension de majesté.

Rouge, jaune, bleu, elles appartiennent à aujourd'hui à cause du matériau employé, les résines souvent. Par les formes aussi. Répétées, semblables et bien différentes, à cause de la couleur, elles ont valeur incantatoire Elles sont comme la musique. Elles se colorent des rythmes de la vie. Elles alternent les humeurs et le temps. Elles scandent les respirations. Couleurs fétiches du soleil, de la mer et de la passion, fondamentales sans brutalité. De la tradition aussi, puisque les grecs enduisaient temples et statues de ces bleus exaltés, de rouge et de jaune."
Des blancs lumineux enduisent de plâtre les dualités de sculptures siamoises, ou les bois de rébus assemblés. Des totems farfelus s'en prennent à la folie douloureuse et aux tragiques schizophrénies.

Le bronze apparente ces pièces aux œuvres archaïques et lointaines d'Amérique précolombiennes, ou du pourtours de la Méditerranée. En même temps, il leur donne une inaltérabilité aux siècles. Dans la pierre blanche, parfois, il taille des dieux énigmatiques.
Chavanis n'est pas seulement sculpteur. Il peint, il dessine à trait simplifié. Les couleurs et les signes universels qu'il met sur les sculptures, on les retrouve, galopant sur la ligne à la fois précise et ronde ou dans les gouaches balayées de mouvement joyeux.

On peut parler d'une sorte d'allégresse qui vient naturellement, cette même gaîté intrinsèque se lit dans l'inventivité presque naïve et fort poétique des pièces que Chavanis n'expose pas. Une inventivité dans les matériaux, leur fragilité, leur originalité. L'objet, léger, souple et coloré se fait humain. Il danse, dans l'ardeur, son apparentement à l'homme et sa symbiose aux manifestations du génie humain. Il est de ficelle, de cordon de nylon, de bois simple, érigés en totems d'aujourd'hui.

Dans ses sculptures, comme dans les autres œuvres, il y a comme une enfance reconquise, un chemin que l'artiste se trace, coûte que coûte, parce que l'art est le moyen d'expression dans lequel il se sent le mieux.

Il semble bien, au vu de ses créations, que l'essentiel est de pénétrer jusqu'aux couches les plus profondes et les moins conscientes de l'expérience humaine. L'une de celle-ci est portée par la femme, gardienne de vie et connaissant les mystères de la mort; l'autre a trait à la précarité, à la légèreté, à l'insouciance.

A travers un parcours atypique, on peut suivre une piste : un besoin primordial de créer, de fabriquer, d'apprendre et d'approfondir, il sait, au fond de lui, la fonction magique de l'art, qui, né de l'imaginaire, crée à son tour d'autres images au sens profond et indispensable. Chavanis construit des statues et des œuvres comme des édifices. Il se met à l'écoute des formes solennelles ou fugitives, alternatives..."

HELIANE BERNARD
Docteur en Histoire de l'Université LYON 2