...Pas
de doute, Chavanis est en quête dune expression
fondamentale qui a trait à nos origines de terrien
Pas de doute, ses sculptures apparaissent comme la métaphore
plastique des formes vitales. Dans une perception enfouie
dans les mémoires, il requiert la Grande Mère
de toute la religion. Pour l'exprimer, il trouve une compacité
qui dit un mystère, une densité, une présence
forte, puissante et sensuelle.
Femme-nourricière, Terre-Mère, Déesse
de la fertilité : ce que construit Chavanis tourne
autour de ces symboles très prégnants dans
notre civilisation occidentale. Bien évidement,
Chavanis va à ce qui est vital pour le sens La
forme lui vient de simplifications qui font naître
le concept des effigies primitives. Ce ne sont pas des
portraits mais des entités qui en appellent aux
dieux pour obtenir de rassembler sur elles des forces
magiques. Les membres sont pris dans la masse du corps.
Ces formes ont en elles l'épopée du monde,
ses conquêtes sur le ciel et les dieux hostiles.
Elles ont une dimension de majesté.
Rouge, jaune, bleu, elles appartiennent à aujourd'hui
à cause du matériau employé, les
résines souvent. Par les formes aussi. Répétées,
semblables et bien différentes, à cause
de la couleur, elles ont valeur incantatoire Elles sont
comme la musique. Elles se colorent des rythmes de la
vie. Elles alternent les humeurs et le temps. Elles scandent
les respirations. Couleurs fétiches du soleil,
de la mer et de la passion, fondamentales sans brutalité.
De la tradition aussi, puisque les grecs enduisaient temples
et statues de ces bleus exaltés, de rouge et de
jaune."
Des blancs lumineux enduisent de plâtre les dualités
de sculptures siamoises, ou les bois de rébus assemblés.
Des totems farfelus s'en prennent à la folie douloureuse
et aux tragiques schizophrénies.
Le bronze apparente ces pièces aux œuvres
archaïques et lointaines d'Amérique précolombiennes,
ou du pourtours de la Méditerranée. En même
temps, il leur donne une inaltérabilité
aux siècles. Dans la pierre blanche, parfois, il
taille des dieux énigmatiques.
Chavanis n'est pas seulement sculpteur. Il peint, il dessine
à trait simplifié. Les couleurs et les signes
universels qu'il met sur les sculptures, on les retrouve,
galopant sur la ligne à la fois précise
et ronde ou dans les gouaches balayées de mouvement
joyeux.
On peut parler d'une sorte d'allégresse qui vient
naturellement, cette même gaîté intrinsèque
se lit dans l'inventivité presque naïve et
fort poétique des pièces que Chavanis n'expose
pas. Une inventivité dans les matériaux,
leur fragilité, leur originalité. L'objet,
léger, souple et coloré se fait humain.
Il danse, dans l'ardeur, son apparentement à l'homme
et sa symbiose aux manifestations du génie humain.
Il est de ficelle, de cordon de nylon, de bois simple,
érigés en totems d'aujourd'hui.
Dans ses sculptures, comme dans les autres œuvres,
il y a comme une enfance reconquise, un chemin que l'artiste
se trace, coûte que coûte, parce que l'art
est le moyen d'expression dans lequel il se sent le mieux.
Il semble bien, au vu de ses créations, que l'essentiel
est de pénétrer jusqu'aux couches les plus
profondes et les moins conscientes de l'expérience
humaine. L'une de celle-ci est portée par la femme,
gardienne de vie et connaissant les mystères de
la mort; l'autre a trait à la précarité,
à la légèreté, à l'insouciance.
A travers un parcours atypique, on peut suivre une piste
: un besoin primordial de créer, de fabriquer,
d'apprendre et d'approfondir, il sait, au fond de lui,
la fonction magique de l'art, qui, né de l'imaginaire,
crée à son tour d'autres images au sens
profond et indispensable. Chavanis construit des statues
et des œuvres comme des édifices. Il se met
à l'écoute des formes solennelles ou fugitives,
alternatives..."
HELIANE BERNARD
Docteur en Histoire de l'Université LYON 2