Interview CHAVANIS par Sonia HAMIDOU 19/03/2001
 

SH : Le noir et blanc sont-ils des couleurs?

SC : Je pense que c’est un peu un abus du langage … ou une simplification (nécessaire dans le langage courant afin de communiquer plus rapidement) que de dire par exemple d’un dessin qu’il n’est pas coloré parce qu’il a été réalisé en N et B – Pour moi le Noir représente plutôt la couleur la plus foncée et le Blanc la couleur la plus claire –

SH : S'opposent-ils, s'excluent-ils? se marient-ils?

SC : Je crois qu’ils peuvent tout aussi bien s’opposer s’exclure et se marier … si on les traite ou les interprète afin qu’ils s’opposent ou bien s’excluent ou bien se marient … Ils ne possèdent pas ces qualités de manière « objective », qui leur appartiendraient à l’origine.. C’est la façon et la manière dont nous les considérons « subjectivement », afin de les donner à voir et à être réinterprété par autrui, qui crée ces différences et ces qualités

SH : Quels effets avez-vous constaté avec le noir et blanc?

SC : Le rapport au réel, à l'imaginaire
Ce qui est très intéressant avec le N et B... c’est qu’ils se situent à un endroit « inexistant » … la photo en couleur par exemple est bien ancrée dans le réel… il s’agit d’une représentation fidèle du réel – le dessin ou la peinture sont quant à eux des images de l’imaginaire (même s’ils peuvent représenter le réel… c’est le réel imaginé.. dont il s’agit alors) – le N et B, du moins en photo se situent à la frontière de la sphère du réel et de l’imaginaire (puisqu’ils sont à la fois reflet exact du réel et pourtant déjà interprétation du réel … par exemple le visage en « vrai » n’est pas gris etc…) le N et B c’est le réel « réfléchi » … par cette réflexion… le N et B enveloppe le réel dans le poétique… en fait c’est à cet « endroit » que ce situe le N et B-

SH : Les représentations culturelles du noir et blanc jouent-elles pour vous, Comment votre ou vos dispositifs ont-ils été conduits ou influencés par le N et B,

SC : Les représentations culturelles doivent jouer en profondeur.. peut-être pas directement … pas consciemment … mais je pense que nous avons intériorisé des grands symboles fondamentaux se rattachant souvent à nos cultures propres… je pense au deuil par exemple … qui peut être symbolisé par le noir en occident et par le blanc dans d’autres cultures …
Le travail sur la chair qui porte sur 50 modèles a été traité en N et B afin que le spectateur soit un peu contraint d’aller chercher les explications … les valeurs et références par rapport à ce sujet… non pas directement dans le réel mais plutôt à l’intérieur de lui même et de sa réflexion … et qu’il soit de ce fait amené à construire une réponse qui n’est pas déjà faite en même temps que la photo…

SH : Travailler en N et B a t-il entraîné de votre part une plus grande implication et comment ? Qu'avez-vous découvert sur vous et votre relation au monde dans votre travail sur N et B ? Avez-vous été dépassé par votre travail et qu'est-ce que le N et B vous dit, qu'est-ce que le blanc vous dit ?

SC : Peut-être effectivement qu’on est obligé de s’impliquer davantage en s’exprimant en N et B … C’est-à-dire que la partie du chemin faite par le spectateur afin de se « représenter » en totalité ce qu’on ne lui donne qu’en partie (sans la couleur)…on doit la faire nous aussi en tant que créateur à l’origine, pour se « représenter » ce que l’on va donner à achever par la suite…

Interview CHAVANIS par Sonia HAMIDOU 19/03/2001