Extrait
" Le Passage à Niveau", (Récit, 1999, Edition HARMATTAN)
"...
la lumière était jaune et pauvre - elle était
assise dans le fauteuil en face de moi - son mari sur le canapé
me faisait songer à un chien tenu en laisse - la discussion
avait repris et je crois que nous parlions de la température
à l'intérieur de l'appartement - il fait trop
chaud - le chauffage n'est pas encore coupé - la lumière
devenait étrange - était-elle en train de se
transformer ou bien était-ce ma perception qui devenait
différente ? - les visages se métamorphosaient
sans que leur physionomie change pour autant - ce moment que
nous vivions ici tous ensemble n'était pas semblable
aux autres et j'étais le seul à m'en apercevoir-
il me semblait que nous étions tous en train de naître
là maintenant dans ce salon - une partie de moi était
encore dans la conversation j'ai répondu au mari tenu
en laisse n'importe quoi - je me suis levé brusquement
- pressentiment de ma mort imminente - où sont les
toilettes? - alors que je marchais dans le couloir j'avais
l'impression d'être déjà arrivé
et de me souvenir que je marchais voilà quelques secondes
dans ce même couloir -j'ai fermé la porte des
W-C à double tour -
tout
était inquiétant jusqu'à la forme de
l'interrupteur que je venais de presser et qui me semblait
hostile - un instant j'ai craint qu'il ne me saute au visage
et ne s'incruste dans ma chair -j'avais très froid
à l'intérieur de mon ventre - je suis retombé
dans le piège du miroir et je n'ai pu retrouver un
peu de vie et un peu d'aplomb qu'après m'être
regardé fixement pendant de longues minutes - je suis
retourné parmi eux -j'ai essayé de faire comme
d'habitude sans y parvenir vraiment - mes yeux étaient
attirés par les taches que produisait l'ombre de l'abat-jour
sur le papier peint - des représentations de choses
qui n'existent pas se sont imposées à mon esprit
- la maîtresse du mari-chien tenu en laisse se déplaçait
autour de moi avec agitation afin de dresser la table pour
le dîner -j'ai pensé à l'odeur que pouvait
avoir son sexe en ce moment et un fort dégoût
m'a submergé -..."