Photo La Chair - Texte David LE BRETON
           

L’interrogation lancinante sur soi implique de faire la part du corps, de regarder ses mains ou son visage en questionnant son identité. Mais jamais l’homme n’échappe à la chair, pour le meilleur ou le pire il lui doit ses mouvements, ses paroles, ses perceptions sensorielles, ses pensées, ou simplement la rencontre avec l’autre. Telle est la force de ces femmes nues photographiées par Stéphane Chavanis de percuter les standards de séduction et d’afficher des corps à la fois lourds et tranquilles, abandonnés, sans séduction aucune car elles sont sans désir à ce propos. Leur visage nous regarde, on sent l’attente sans être sûr que quelque chose viendra la combler. Celle-ci n’est pas le désir.
Ces femmes nues ne sont en aucun cas en position d’accueil de l’autre, même si paradoxalement leur mouvement suspendu et insolite s’adresse à un autre. Elles sont en représentation, en témoignant non d’une pause mais d’une attente interrogative. La nudité est tolérable quand elle est neutralisée par le code et l’enfermement dans un lieu (une revue érotique par exemple), sinon le malaise qu’elle suscite aboutit à mettre en évidence les valeurs sociales qu’elles troublent, elle transforme le regardeur en voyeur.

CHAVANIS : Photographie La Chair, texte David Le Breton fig XV

 

Ces images nues ne portent guère d’érotisme, ou plutôt elle le laisse en suspens, on n’y sent aucune invite, aucun sourire ne les rend attractives, ces femmes sont inquiétantes, rien dans leur attitude témoigne d’un accueil de celui qui les regarde. La sensualité est sans doute là mais par défaut.

 
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