Photo La Chair - Texte David LE BRETON
           
 

 CHAVANIS : Photographie La Chair, texte David Le Breton Fig VII

 

Ces femmes ne sont corps que dans une perspective particulière qui fait du regardeur un voyeur déçu ou un juge. Au risque, bien entendu, s’il dit sa gêne ou son dégoût qu’on lui demande quelle apparence il offre au monde lui en terme de beauté ou de laideur, surtout s’il est nu. J’imagine que notre juge répliquera avec le ton de l’innocence outrée que lui même ne s’« abaissera » jamais à poser ainsi nu. Mais ce sera alors dans l’oubli de l’image qu’il donne aux autres dans l’intimité amoureuse par exemple, sur les plages ou ailleurs. La mise à nu est toujours un équivalent symbolique de la mise à mort, elle exige donc au moins la reconnaissance de ce courage. Il en va de même de l’artiste qui s’expose par l’angle d’approche de son sujet. L’esthétique est toujours une éthique en œuvre. Le voyeur lui ne prend aucun risque, sinon celui du juger l’autre sur sa seule mise. Mais il est en principe épargné des remarques des autres à son égard puisqu’il se tient dans l’ombre, là où le courage n’a pas lieu d’être. Mieux vaut donc se taire et voir en ces femmes un miroir de ce que nous sommes.

 
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