Un
indice de l’ambivalence de nos sociétés
contemporaines, d’afficher partout des corps
de top modèles, hommes ou femmes, dans lesquels
nul ne peut se reconnaître, pas même parfois
ceux qui ont posé pour ces images. Le corps
incarne l’énigme de la présence,
d’autant plus quand les codes sont rompus et
que le regardeur ne peut simplement contempler là
de splendides créatures aux poses lascives
dont le sourire est une invite à les rejoindre.
Et ces femmes que l’objectif de Stéphane
Chavanis égrène devant nos yeux, le
regard suspendu, en attente non d’une joie mais
d’une tâche à accomplir qui les
déconcerte plus ou moins même si elles
font bonne figure ne le sont pas non plus. Elles émeuvent
par le non-dit de leur histoire, cette manière
tranquille de jouer avec l’accessoire fauteuil
pour s’en emparer chacune avec son style, elles
touchent par ce que l’on imagine d’elles,
leur motivation à poser, la tristesse qui se
lit parfois dans leur visage. Le corps est notre condition.
Stéphane Chavanis nous rappelle avec force
l’insoutenable fragilité de l’homme,
sa dérision et sa grandeur, cette suprême
élégance d’être à
la fois tout et si peu de choses.