Photo La Chair - Texte David LE BRETON
           
 

CHAVANIS : Photographie La Chair, texte David Le Breton XXXXVI

 
En plaçant opportunément une femme enceinte au seuil de la galerie de portraits qu’il nous propose, il nous dit aussi que nous venons d’un corps de femme et subordonne le parcours à cette image inaugurale. La rupture affichée avec la dernière prise nous interroge à la manière des vanités de la peinture de la Renaissance. Memento mori. Souviens toi que tu vas mourir. L’existence de chaque être humain est cet acheminement d’une humeur à l’autre, d’un corps à l’autre, car nous mêmes nous changeons. L’art ne réside jamais dans la flatterie à l’égard du monde mais dans l’ébranlement des certitudes et le rappel de la polyphonie de l’existence, la mise à nu des innombrables chausses trappes qui dissimulent l’ambivalence du monde. Les aspérités que nous ne voulons pas voir, il les impose au regard et à la sensibilité. « Celui qui vient au monde pour ne rien troubler ne mérite aucun égard », dit René Char. Comment la chair est-elle en nous une frontière ? La réponse est toujours entre ces deux pôles : « L’effroyable limite du corps humain » répond Kafka, « La géographie solennelle du corps », répond Eluard.

 David LEBRETON

 
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