En
plaçant opportunément une femme enceinte
au seuil de la galerie de portraits qu’il nous
propose, il nous dit aussi que nous venons d’un
corps de femme et subordonne le parcours à
cette image inaugurale. La rupture affichée
avec la dernière prise nous interroge à
la manière des vanités de la peinture
de la Renaissance. Memento mori. Souviens toi que
tu vas mourir. L’existence de chaque être
humain est cet acheminement d’une humeur à
l’autre, d’un corps à l’autre,
car nous mêmes nous changeons. L’art ne
réside jamais dans la flatterie à l’égard
du monde mais dans l’ébranlement des
certitudes et le rappel de la polyphonie de l’existence,
la mise à nu des innombrables chausses trappes
qui dissimulent l’ambivalence du monde. Les
aspérités que nous ne voulons pas voir,
il les impose au regard et à la sensibilité.
« Celui qui vient au monde pour ne rien troubler
ne mérite aucun égard », dit René
Char. Comment la chair est-elle en nous une frontière
? La réponse est toujours entre ces deux pôles
: « L’effroyable limite du corps humain
» répond Kafka, « La géographie
solennelle du corps », répond Eluard.
David
LEBRETON