Le
statut
du corps dans l’espace de la peinture, a toujours
été, pour l’artiste, un des enjeux
fondamentaux. Sa perception structurelle, l’évaluation
psychologique de ses traits dominants, relèvent
alors de l’attitude mentale de leur auteur. Chez
Chavanis, la relation au corps passe par la pratique du
pastel, ce genre souvent oublié, qui fixe dans
ses textures coulées,
l’immédiateté de la sensation. Et
il passe également, ici, par le déroulement
d’un graphisme ondoyant, d’ordre sculptural,
mais volontairement bousculé, qui définit
des anatomies frontales et dévêtues, aux
configurations dilatées, où les faciès
anonymes et brouillés, rendent compte d’une
humanité crispée. Généralement
assises, sinon debout, les femmes lourdes et plantureuses
de Chavanis, couronnées par une sorte de rictus
côtoyant des orbites saillantes, reposent sur l’articulation
d’un trait convulsif et hachuré, nimbé
d’un chromatisme tranchant, où se détache
leur connivence avec l’univers expressionniste.
Car, ces morphologies déstabilisées, prisonnières
de secrètes frayeurs et de révoltes souterraines,
ne paraissent exister que dans la tension de leurs désirs
plus contrariés qu’apaisés, mais sans
pathétisme inopportun. Il y a là, la volonté
de dire l’homme dépouillé de ses attributs
sociaux, dans sa vérité première.