La
sculpture pour les artistes demeure l'organisation opérationnelle
de la réalité en trois dimensions. Autrement
dit, une relation charnelle entre la matière, les
mains de l'artiste et l'inspiration qui fond l'ensemble.
Conquête du réel. Forte de ce constat, je propose
un voyage guidé, afin de poser un regard éclairé
sur le monde sculptural de Stéphane Chavanis. S'approprier
les images de ces sculptures pour mieux démystifier
l'œuvre, éponyme de l'homme-artiste.
La
sculpture de Stéphane Chavanis passe par une série
d'étapes similaires à celle que doit traverser
l'être humain pour atteindre son plein épanouissement.
Cette recherche du MOI passe par différentes phases
répondant au schéma CONSTRUCTION
DESTRUCTION
CONSOLIDATION.
L’angoisse
est un affect intense pour Chavanis, lui permettant de déjouer
l'inconscient, dans l’attente de quelque chose qui
n'est pas encore nommé. N'oublions pas que l’angoisse
est avant tout un signal.
Ce
qui paraît parfois chaotique aux premiers abords fait
place à une machination complexe qui nous échappe.
Traversons pour un instant le miroir afin de percevoir l'autre
versant de la création ; la face cachée.
LA
NAISSANCE DES REPRESENTATIONS OU LA SCULPTURE SENSORIELLE
/ FIGURATIF ET FIGURATIF CRITIQUE (1984-1991)
D'abord
la formation d'un concept, d'un objet, d'une pensée
fugace qui apportent la volonté de créer.
Ce besoin de perception de son "moi" qui pour
se détacher, se distinguer doit se détacher
de sa source.
Un acte d'auto- naissance s'opère.
Stéphane
Chavanis s'auto-accouche enfante sa mère-terre :
"la maïeutique" 1985. Elle s'appelle Grande
mère debout (1990) Grande Mère assise (1990),
et Grande Mère allongée (1991).
Parallèle
plastique, avec la représentation qu'on retrouve
dans les arts primitifs ; de ces hommes qui empreint du
besoin de visualiser, personnifie cette mère-terre
qui les nourrit, les fait vivre et mourir.
Pensée
égocentrique et anthropomorphique.
Le
corps omniprésent de la femme, se transforme selon
les interrogations de l'artiste. Il nous confond devant
une "vérité" celle de l'incarnation,
cette chair qui nous enferme, qui limite la conscience et
emprisonne.
Création- réflexe, des impressions sensorielles
qui prennent chair sous les mains de l'artiste. Sensation
de vouloir, nécessité de voir.
Pour
Stéphane Chavanis les trois couleurs primaires sont
non seulement la base du cercle chromatique mais aussi celui
des couleurs correspondant à une quête de l'origine.
EPOQUE
INTUITIVE / EXPERIMENTALE / EXPRESSIONNISME / NEO-EXPRESSIONNISME
(1991-1995)
De l'instinct de la création -brute du jet artistique
spontané qui a jaillit sous l'explosion reste maintenant
toujours ce besoin de créer, de mieux apprivoiser
ce feu intérieur.
De
réalisations spontanées Chavanis évolue
vers la fragmentation des volumes réels pour mettre
l'emphase sur une partie ; tantôt un torse immense,
de petites têtes qui hurlent, de grandes jambes. Soudain
des personnages suspendus sur des jambes-échasses,
où des attributs sexuels géants ponctuent
les formes. Des vides se creusent, des pleins se vident.
Les
couleurs explosent aussi, des teintes agressives sans demi-mesure
; mauve, orange, vert, rose.
SUSPENSION
/ OPERATION FORMELLE / PERIODE PRE-CONCEPTUELLE ANTERIEURE
ANNONCIATRICE DU CONCEPT DE SUSPENSION
(1995 - 1998)
Période où malgré l’acquisition
de certaines notions, d’une plastique, la pensée
de Chavanis reste lié au concret. A la recherche
d’un modèle, d’un affranchissement qu’il
n’arrive pas à trouver, absoudre.
Chaque nouvelle expérience l’emmène
à chercher, repositionner ces acquis et trouver ce
qui peut que le mener vers l’avant, vers Sa création.
Dans
cette période se chevauchent plusieurs matériaux,
médiums ; bois, cendre, plâtre, caoutchouc,
latex… Assemblages intellectuels d’objets.
Le
bois demeure une matière privilégiée,
matière naturelle, il le hachure, comme de petites
portes, micro ouverture, trou noir dans cette chair qui
emprisonne.
Excavation à remplir, vide, manque...
PHASE
EXPERIMENTALE /OPERATION CONCRETE MAIS AUSSI TRAVAUX PHOTOGRAPHIQUES,
ECRITURES, MUSIQUE... (1998 ...)
Chavanis arrive à cette étape de sa création
commence à opérer dans l’abstraction,
à former des hypothèses, les vérifier
et les appliquer dans sa démarche artistique. Naît
alors le concept de la suspension.
Il
transcende, s’affranchit, trouve la voie, ce discours-création
qui lui est propre qui canalise l’essence même
du message qu'il cherche à communiquer.
Raisonnement
proprement logique et abstrait.
Soulever tout ce qui ne peux être accepté.
Donner
à supporter l'insupportable.
Isabelle
LEMAY (2000)