SH
: Le noir et blanc sont-ils des couleurs?
SC : Je pense que c’est un peu un abus
du langage … ou une simplification (nécessaire
dans le langage courant afin de communiquer plus rapidement)
que de dire par exemple d’un dessin qu’il n’est
pas coloré parce qu’il a été
réalisé en N et B – Pour moi le Noir
représente plutôt la couleur la plus foncée
et le Blanc la couleur la plus claire –
SH
: S'opposent-ils, s'excluent-ils? se marient-ils?
SC : Je crois qu’ils peuvent tout aussi
bien s’opposer s’exclure et se marier …
si on les traite ou les interprète afin qu’ils
s’opposent ou bien s’excluent ou bien se marient
… Ils ne possèdent pas ces qualités
de manière « objective », qui leur appartiendraient
à l’origine.. C’est la façon et
la manière dont nous les considérons «
subjectivement », afin de les donner à voir
et à être réinterprété
par autrui, qui crée ces différences et ces
qualités
SH
: Quels effets avez-vous constaté avec le noir et
blanc?
SC : Le rapport au réel, à l'imaginaire
Ce qui est très intéressant avec le N et B...
c’est qu’ils se situent à un endroit
« inexistant » … la photo en couleur par
exemple est bien ancrée dans le réel…
il s’agit d’une représentation fidèle
du réel – le dessin ou la peinture sont quant
à eux des images de l’imaginaire (même
s’ils peuvent représenter le réel…
c’est le réel imaginé.. dont il s’agit
alors) – le N et B, du moins en photo se situent à
la frontière de la sphère du réel et
de l’imaginaire (puisqu’ils sont à la
fois reflet exact du réel et pourtant déjà
interprétation du réel … par exemple
le visage en « vrai » n’est pas gris etc…)
le N et B c’est le réel « réfléchi
» … par cette réflexion… le N et
B enveloppe le réel dans le poétique…
en fait c’est à cet « endroit »
que ce situe le N et B-
SH
: Les représentations culturelles du noir et blanc
jouent-elles pour vous, Comment votre
ou vos dispositifs ont-ils été conduits ou
influencés par le N et B,
SC
: Les représentations culturelles doivent
jouer en profondeur.. peut-être pas directement …
pas consciemment … mais je pense que nous avons intériorisé
des grands symboles fondamentaux se rattachant souvent à
nos cultures propres… je pense au deuil par exemple
… qui peut être symbolisé par le noir
en occident et par le blanc dans d’autres cultures
…
Le travail sur la chair qui porte sur 50 modèles
a été traité en N et B afin que le
spectateur soit un peu contraint d’aller chercher
les explications … les valeurs et références
par rapport à ce sujet… non pas directement
dans le réel mais plutôt à l’intérieur
de lui même et de sa réflexion … et qu’il
soit de ce fait amené à construire une réponse
qui n’est pas déjà faite en même
temps que la photo…
SH
: Travailler en N et B a t-il entraîné de votre
part une plus grande implication et comment ? Qu'avez-vous
découvert sur vous et votre relation au monde dans
votre travail sur N et B ? Avez-vous été dépassé
par votre travail et qu'est-ce que le N et B vous dit, qu'est-ce
que le blanc vous dit ?
SC : Peut-être effectivement qu’on
est obligé de s’impliquer davantage en s’exprimant
en N et B … C’est-à-dire que la partie
du chemin faite par le spectateur afin de se « représenter
» en totalité ce qu’on ne lui donne qu’en
partie (sans la couleur)…on doit la faire nous aussi
en tant que créateur à l’origine, pour
se « représenter » ce que l’on
va donner à achever par la suite…
Interview
CHAVANIS par Sonia HAMIDOU 19/03/2001